Bâtir des Églises majeures capables de se reproduire
par Daniel Liechti, missiologue, directeur du développement des Eglises de France-Mission.
Article paru dans Info-fef, Fac-Réflexion et Idéa
L'on pourrait presque craindre d'enfoncer des portes ouvertes... N'est-ce pas une évidence pour tout bâtisseur d'Églises locales, que celles-ci sont destinées à terme, voire le plus vite possible, à devenir majeures-autonomes (1) ?
En effet, qui souhaiterait qu'une Église reste, après de nombreuses années, dépendante d'un soutien extérieur, inapte à apporter un témoignage pertinent à la société qui l'entoure, et seule préoccupée par son propre épanouissement, si ce n'est par sa survie ?
L'apparent consensus chez les bâtisseurs évangéliques autour de l'objectif de la majorité-autonomie des Églises locales s'avère un trompe-l'oeil lorsque l'on dépasse la simple prise en compte des intentions généralement très louables. Une analyse des stratégies missionnaires, plus ou moins élaborées, et surtout l'examen du contenu des concepts de majorité-autonomie font apparaître des différences non négligeables entre les différentes dénominations et missions évangéliques.
Il est très probable que les méthodes d'implantation et d'édification découlant (consciemment ou non) en grande partie des conceptions de la majorité-autonomie exercent une influence significative sur le rythme de croissance du nombre d'Églises à moyen et long terme (2). En effet, l'importance accordée à la majorité-autonomie et l'interprétation que l'on donne de cette notion ont un impact considérable sur l'ordre des priorités des Églises existantes et le profil des Églises futures. Les structures qui en procèdent, quoique d'importance secondaire, favorisent ou alourdissent tout processus, en principe naturel, « biotique » (3), de multiplication.
En prenant librement appui sur la métaphore paulinienne de l'Église-plante, J.W. Clark, collaborateur du célèbre Roland Allen, comparait une Église majeure-autonome à un arbre vivant, capable de produire naturellement la semence pour sa reproduction. Une Église non-majeure ressemblerait plutôt, toujours selon lui, à un sapin de Noël, paré de toutes sortes de guirlandes pimpantes, mais éphémère et voué à la stérilité (4).
1 La définition de la majorité-autonomie en missiologie
En missiologie, l'on définit volontiers la majorité-autonomie des jeunes Églises par la triade : « Autogestion, autonomie des ressources, autopropagation ». Il s'agit de la fameuse formule de la triple-autonomie (5) inventée, il y a 150 ans, par d'éminents missiologues anglo-saxons (6)
À cette époque, donc au milieu du « grand siècle missionnaire », le travail des missions protestantes connaissait en Afrique et en Asie un remarquable essor. Mais les sociétés missionnaires occidentales éprouvaient des difficultés financières et personnelles à suivre ce rythme d'extension soutenu. Alors l'on découvrit, empiriquement, l'apport possible des chrétiens autochtones, appelés naguère « indigènes ». L'on commença à promouvoir leur participation au travail missionnaire, afin de soulager les occidentaux.
Pour le directeur de mission et éminent missiologue que fut Rufus Anderson, principal auteur de cette définition programmatique (7), bâtir des Églises majeures-autonomes ne devait pas seulement constituer une réponse pragmatique aux problèmes rencontrés par les organisations missionnaires, mais il s'agissait bien de l'essence même du travail d'évangélisation. Ces principes étaient pour lui un retour aux sources apostoliques sine qua non. Selon lui, les Églises doivent au plus vite devenir majeures-autonomes et contribuer à l'implantation, d'une façon ou d'une autre, d'Églises-filles. En tant que congrégationaliste, il considérait que cette exigence devait s'appliquer à chaque Église locale.
À juste titre, la formule de la triple-autonomie a fortement et durablement marqué le débat missiologique sur la question. Mais dans la pratique missionnaire, la mise en ouvre de la majoritéautonomie n'est trop souvent demeurée qu'un « voeu pieux » (9).
Nous estimons que la formule de la triple-autonomie peut constituer actuellement une aide précieuse pour fixer des orientations concrètes et des buts précis dans l'implantation et l'édification d'Églises en France. Mais elle est trop succincte (10) et dépend trop des situations particulières pour donner une définition suffisante (11) de la majorité-autonomie plénière. Nous tenterons donc, en partant de la formule, d'en préciser sommairement le contenu et les enjeux.
Autogestion
Devenir autonome n'est pas qu'une problématique administrative voire financière, elle est bien plus qu'une simple question de structures. « Bâtir des Églises majeures signifie annoncer l'Évangile de telle manière que les chrétiens ne s'attachent à aucune personne sur terre, à aucune institution, à vrai dire à aucune doctrine particulière, mais qu'ils soient mis en relation avec Dieu lui-même. » (12) Quoique, humainement parlant, cela semble paradoxal, dépendre de Dieu et lui être soumis est le fondement essentiel et persistant pour devenir autonome (13). C'est la seule garantie pour éviter toute fausse dépendance des hommes. La vraie vie jaillit d'une relation avec Dieu, ce qui permet à l'Église de s'épanouir même sur une terre aride et dans un contexte difficile ou hostile.
La jeune Église doit apprendre à assumer ses nouveaux choix en appliquant les exigences spirituelles et éthiques du royaume tout en vivant dans ce monde. L'Église, telle une plante, doit grandir au milieu de son cadre culturel naturel, son terroir (elle n'est pas une plante exotique destinée à rester en serre !) afin de devenir résistante et de développer la capacité d'apporter un témoignage compréhensible et pertinent (14). L'esprit de persévérance, la capacité de s'adapter aux nouveaux enjeux et par conséquent le rayonnement caractérisent une Église majeure-autonome et augmentent sa crédibilité aux yeux de la société.
C'est au pasteur fondateur qu'incombe le rôle de promouvoir la majorité-autonomie, par son enseignement et sa pratique. Il peut dénaturer sa vocation, s'il surévalue sa propre importance et s'il sous-évalue celle du Saint-Esprit. Un comportement tutélaire et toute surprotection de la part du pasteur-fondateur risquent de maintenir l'Église dans une simili-autonomie, laquelle faiblesse peut lui être fatale lors du départ du fondateur. C'est lui qui doit entraîner l'Église vers la majorité-autonomie, d'autant plus que « sa position tend à étouffer l'autonomie » (15). Son attitude ne doit être empreinte ni d'un esprit de supériorité « ministérielle », ni d'un regard condescendant en matière spirituelle, si l'Église doit acquérir la majorité-autonomie (16).
Au point où nous sommes parvenus, une précision s'avère sans doute utile : autogestion ne signifie ni indépendantisme ni isolationnisme. La différence entre une Église qui est positivement majeure-autonome en ce sens qu'elle assume ses responsabilités d'« adulte » et une Église pour laquelle autonomie rime simplement avec une défense jalouse de sa « souveraineté » est de taille. Cette dernière attitude est navrante et met en évidence une immaturité qui est un handicap sévère pour l'accomplissement de la tâche confiée aux églises. A l'exemple des églises néotestamentaires (17), une Église locale réellement majeure-autonome n'hésite pas à reconnaître humblement qu'elle ne peut pas répondre seule à tous les besoins, mais que les autres églises lui sont complémentaires. Elle sait partager ses richesses, charismes et ministères, en entrant dans une interdépendance fructueuse avec d'autres églises évangéliques de son entourage.
Autonomie des ressources
L'un des critères de l'autonomie des ressources est, sans aucun doute, l'autonomie financière, même si ce domaine ne mérite pas selon nous la place emblématique que d'aucuns lui attribuent. Mais une Église qui ne peut subvenir à ses besoins ne peut être considérée comme majeure-autonome. Plus d'une Église se retrouve sur ce plan-là en difficulté, non tant par un manque de générosité de la part de ses membres, que par des dépenses exagérées, parfois aberrantes. Il est regrettable qu'une jeune Église reste dépendante ou qu'elle consacre tous ses moyens à son propre fonctionnement. Ceci tend à prouver qu'il existe un problème quant à ses priorités. Pour éviter toute dépendance financière, le choix des infrastructures nécessaires pour l'Église (18) devrait être déterminé par la seule capacité (et motivation !) de celle-ci et ce dès l'origine.
Cependant, l'autonomie des ressources est plus que l'autonomie matérielle : elle concerne tous les besoins personnels et spirituels que l'on rencontre dans une Église locale. Pour éviter toute dépendance inutile, il est important de ne pas « imposer » à la jeune Église une structure inadaptée et trop lourde. Une Église qui veut atteindre l'autonomie des ressources doit appliquer le principe biblique du « sacerdoce universel » de façon conséquente. La pauvreté de certaines Églises en ce qui concerne les ressources humaines n'existe peut-être pas vraiment, elle serait plutôt le résultat d'une sous-estimation et d'une sous-exploitation des dons en présence. Une Église majeure a appris à discerner, développer et employer tous les dons que Dieu a accordés aux membres du corps. Cette dernière notion repose sur l'idée d'une mise en commun, d'un service réciproque et complémentaire des membres réunis par le Christ (19). John L. Nevius a magistralement mis en évidence le lien de cause à effet qui existe entre une implication large de tous (ce qui présuppose pour lui une instruction biblique systématique !) et l'acquisition de l'autonomie des ressources spirituelles, humaines et matérielles (20).
Nous suggérons que l'une des premières étapes sur le chemin vers l'autonomie des ressources est la mise en place d'une équipe de responsables spirituels bénévoles. Pour de petites Églises (21), il est souvent impossible de soutenir financièrement un pasteur à plein temps, sans parler des évangélistes, des enseignants et des pionniers. Dans beaucoup de cas, une petite Église n'a pas besoin de la présence permanente d'un ouvrier « diplômé » à plein temps, et l'on peut faire appel à des responsables spirituels bénévoles ayant reçu, pourquoi pas sur place, une formation sérieuse pour s'occuper du travail pastoral local courant (22). Cela permet de libérer des ouvriers à temps plein pour des ministères plus spécifiques, pouvant profiter à plusieurs (petites) églises, par exemple d'un groupement régional, simultanément. Nous pensons ici à des rôles qui ne peuvent normalement pas être remplis par les responsables bénévoles. Quelques indications, non exhaustives : la formation et l'accompagnement de responsables spirituels d'un groupe d'Églises d'une même zone géographique, l'enseignement dans plusieurs Églises associées, le travail pionnier en tant qu'envoyé d'une Eglise-mère, voire de deux ou trois églises-mères plus modestes, etc., c'est-à-dire des tâches qui privilégient la multiplication.
Autopropagation
L'autopropagation (23) doit être considérée comme normale par chaque Église locale, cependant, force est de constater qu'elle est généralement l'aspect le plus négligé. Pourtant, elle est probablement le signe le plus distinctif de la véritable majorité-autonomie. Il ne faut pas la considérer comme une simple option. La multiplication est un principe biblique fondamental de croissance (24). Il faut réfuter l'idée réductrice selon laquelle une Église serait majeure-autonome à partir du moment où elle a, comme le disait Watchmann Nee, non sans cynisme, « un pasteur, un bâtiment et un programme !» Une Église qui ne se reproduit pas ne peut être considérée comme majeure-autonome. Une vue restreinte, de mauvaises habitudes voire une certaine inertie, peuvent amener des Églises à ne pas se sentir concernées par l'impératif de multiplication et à « confier » l'implantation de nouvelles Églises à d'autres, en France souvent aux pasteurs-fondateurs étrangers. Nous observons à ce sujet un défaut tellement banalisé qu'il pourrait prétendre à l'évidence : l'on trouve « normal » que les étrangers fondent les Églises nouvelles et que les autochtones s'occupent du fonctionnement ultérieur. Cette séparation des responsabilités, certes plutôt involontaire, est un frein psychologique considérable pour la multiplication. Il faut changer ce quasi-paradigme. Il est plus judicieux de former avec les collaborateurs français et étrangers des équipes mixtes et de confier les tâches en fonction des charismes et non au regard de l'origine et du soutien financier y afférant.
Si la génération actuelle doit être atteinte par l'Évangile, il ne suffit pas d'implanter quelques Églises nouvelles venant s'additionner à celles qui existent. Il est vivement souhaitable que toutes les Églises existantes atteignent la pleine majorité-autonomie et la capacité de s'autoreproduire. Ajoutons que l'expérience semble prouver qu'il ne suffit pas d'adhérer au critère de l'autoreproduction en théorie seulement (25). Pour employer un anthropomorphisme : il faut que les Églises existantes deviennent « adultes » et qu'elles « engendrent » des églises-filles. La forme de la « procréation » (envoi de pionniers, essaimage, création d'annexes, division en cellules de quartier, etc.) est secondaire et doit être adaptée à la capacité de l'Église et à la situation géographique de l'implantation.
La majorité-autonomie devrait constituer, dès la genèse d'une implantation, un objectif clair. Elle devrait déterminer toutes les décisions, tant personnelles que structurelles et matérielles, à prendre pendant la période de constitution et de consolidation. La préoccupation de l'autoreproduction ne doit pas être réservée pour la fin, mais devrait être visée très tôt en tant que but à atteindre. Ce n'est que de cette façon que l'exigence de la majorité-autonomie authentique devient un facteur dynamisant, évitant de surcroît d'ériger pendant toute la durée de l'implantation des obstacles qui s'avèrent finalement insurmontables.
Il faudrait être naïf pour penser que le Nouveau Testament fournit l'image de structures ecclésiales et de stratégies missionnaires ayant un caractère universel, intemporel et strictement normatif. Mais l'exemple de plusieurs jeunes Églises apostoliques, participant très tôt à la multiplication des Églises par l'intermédiaire de leurs « délégués », membres de l'équipe de l'apôtre Paul, est significatif et mériterait d'être davantage pratiqué aujourd'hui en France (26).
NOTES DE BAS DE PAGE
La belle appellation « Église majeure » suggère habituellement des qualités de solidité et de maturité spirituelle. Le terme connexe « autonome » souligne probablement davantage la non-dépendance des hommes et l'acceptation de la responsabilité surtout matérielle. Cependant, le terme « autonome » est, d'un point de vue biblique, impropre, car une Église ne doit jamais être indépendantiste mais entretenir des liens fraternels et surtout s'appuyer sur le seul fondement : Jésus-Christ, elle est donc, en utilisant un éventuel néologisme, « christonome ». Afin de refléter le mieux possible ces réalités, nous l'appellerons ici « majeure-autonome ».
Les statistiques semblent le prouver. Cf. chapitres 2 et 5 de notre Die Selbständigkeit der jungen evangelikalen Gemeinden in Frankreich als missionarische Herausforderung (Stuttgart-Korntal : Freie Hochschule für Mission, 1997). Nous préférons cependant rester circonspect, sachant que l'attitude humaine et spirituelle de la personne occupée à l'édification d'une Église compte souvent autant que la stratégie employée, sans parler de tous les facteurs qui échappent au contrôle et au savoir humain.
« Une Église en bonne santé se reproduira tôt ou tard. » Christian A. Schwarz, Le développement de l'Église : Une approche originale et réaliste (Paris : Éditions Empreinte Temps Présent, 1996), p. 124.
Cité dans la thèse de Peter Beyerhaus, Die Selbständigkeit der jungen Kirchen als missionarisches Problem, 3. Aufl. (Wuppertal-Barmen: Verlag der Rheinischen Missions-Gesellschaft, 1967), p. 62. Cet ouvrage reste, à notre connaissance, jusqu'à aujourd'hui le plus complet sur la question de l'autonomie des jeunes églises.
Une autre traduction, selon nous trop réductrice, de « self-governing, self-supporting, self-propagating » est proposée : « autonomie administrative, financière et missionnaire. » David J. Bosch, Dynamique de la mission chrétienne : Histoire et avenir des modèles missionnaires (Lomé, Paris et Genève : Haho, Karthala et Labor et Fides, 1995), p. 449.
Rufus Anderson, 1796-1880, de nationalité américaine, congrégationaliste, secrétaire de la plus grande société missionnaire protestante de son époque, la American Board of Commissioners for Foreign Missions et Henry Venn, 1796-1873, Anglais, anglican, directeur de l'importante société missionnaire anglaise, la Church Missionary Society.
Cf. Rufus Anderson, Foreign Missions: Their Relations and Claims (New York: Charles Scribner, 1869) ; Thomas Schirrmacher, Die Zeit für die Bekehrung ist reif: Rufus Anderson und die Selbständigkeit der Kirche als Ziel der Mission, édition afem, missions scripts (Bonn: Verlag für Kultur und Wissenschaft, 1993).
Cf. Roland Allen, Missionary Methods: St. Paul's or Ours (1912) ; John L. Nevius (voir note suivante), Melvin L. Hodges, The Indigenous Church : A Complete Handbook On How To Grow Young Churches (Springfield Missouri : Gospel Publishing House, 1976) ; concernant Hodges voir aussi : Ruth A. Tucker, Aux extrémités de la terre : Une histoire biographique des missions chrétiennes (Miami : éditions Vida, 1989), p. 648. Le missiologue George W. Peters a démontré qu'un prolongement probable de certains principes de Rufus Anderson conduisait jusqu'au « Mouvement pour la croissance de l'Église » de Donald McGavran et Peter C. Wagner.
Une remarquable exception est la mise en pratique à grande échelle qui s'est effectuée à partir de 1890 en Corée, comme suite aux enseignements dispensés par le missionnaire presbytérien Dr John Livingstone Nevius. La « méthode Nevius » prolonge et approfondit l'idée de la triple-autonomie et érige des principes qui ont vraisemblablement contribué au développement étonnant et à la vigueur des églises de Corée. Cf. John L. Nevius, Die Gründung und Entwicklung missionarischer Gemeinden, édition afem, mission classics (Bonn : Verlag für Kultur und Wissenschaft, 1993).
Elle décrit davantage le « fruit » que « l'arbre » mais il faut rappeler Mt 7,16.
En Chine communiste, par exemple, la formule a été abusivement utilisée pour justifier des attitudes nationalistes et l'hostilité à l'égard des missionnaires étrangers. Le « Mouvement Patriotique des Trois Autonomies » (MPTA) qui avait été mis sur pied par le gouvernement communiste en vue de regrouper toutes les églises protestantes, si besoin par la force, ne véhiculait dès l'origine que la caricature des principes d'Anderson.
F.M.Zahn, « Selbständige Kirchen, das Ziel evangelischer Missionsarbeit, » in Allgemeine Missions-Zeitschrift, 17. Bd. (1890): 289-318, p. 292.
Cf. l'exemple impressionnant des Thessaloniciens, 1Thess 1,6-10.
Le thème de l'autogestion, favorisant l'établissement d'églises d'identité culturelle autochtone, élément indispensable pour un développement normal, est, en France, très important. En fait, la proportion de pasteurs fondateurs d'origine étrangère est considérable, alors que le contexte culturel n'est pas très favorable en la matière. Comme l'apport des missionnaires étrangers reste indispensable, il est recommandé qu'ils soignent particulièrement leur préparation linguistique et culturelle personnelle pour éviter d'être un obstacle à cette exigence. Il serait souhaitable qu'ils travaillent plusieurs années au sein d'une équipe française avant de prendre la responsabilité d'une implantation nouvelle. Nous pensons que les sociétés missionnaires étrangères et les missionnaires eux-mêmes devraient intégrer dès le début des structures protestantes évangéliques françaises reconnues pour être plus crédibles aux yeux de la société, des autorités et des chrétiens français. L'arrière-plan religieux et culturel français fait apparaître toute singularité inutile, tout « exotisme évangélique » non pas comme intéressant, mais plutôt comme repoussant et générateur de méfiance. Cf. Ray Bakke, André Pownall et Glenn Smith, Espoir pour la ville: Dieu dans la cité, coll. Sentier (Québec: Éditions La Clairière, 1994), p. 103; Cf. Johan Lukasse, Mission possible ! Implantation d'églises dans une Europe post-chrétienne (Bruxelles et Saint-Légier : Éditions Le Bon Livre et Emmaüs, 1993), p. 121.
Zahn, op. cit., p. 304.
Cf. l'exemple de Paul : il se conduit comme une mère et un père (1Thess 2,5-12), cependant il considère les chrétiens comme collaborateurs (2Cor 6,1), il fait la différence entre la volonté de Dieu et son opinion (1Cor 7,25) !, il n'exerce pas la discipline à la place de l'Église (1Cor 5 et 6), il dit ce qu'il ferait à la place des Corinthiens mais il leur laisse le choix (1Cor 8,13ss), et selon 2Cor 1,24 : « Notre rôle n'est pas de dominer sur votre foi, mais de collaborer ensemble à votre joie... ». Etc.
Quelques exemples de partage, collaboration et interdépendance : la conférence de Jérusalem (Ac 15), la collecte en faveur des pauvres de Jérusalem (1Co 16), l'échange des lettres de Paul (Col 4,16), le service itinérant de plusieurs collaborateurs de Paul, etc.
Le cas des outils d'évangélisation nécessaires pour le démarrage est un peu différent, et nécessite évidemment souvent un premier apport extérieur.
Au sujet du principe biblique allèlous, voir le beau livre d'Alfred Kuen, Les uns les autres (Saint-Légier : Éditions Emmaüs, 1995).
John L. Nevius, op. cit.
Il est légitime de déplorer que de nombreuses églises évangéliques en France soient et souvent restent de taille modeste. Cependant, même en ouvrant à leur croissance, il est selon nous indispensable de prendre acte de cette réalité présente et d'adopter des structures qui en tiennent compte.
Il ne s'agit pas, ici, de débattre du contenu et de l'importance du ministère pastoral à plein-temps dans l'Église locale. Nos propositions visent simplement à indiquer des voies qui permettraient, dans la situation actuelle en France, un rééquilibrage entre les ministères qui privilégient le « maintien » de l'existant et les approches plus « offensives » qui favoriseraient l'implantation d'églises nouvelles.
Par autopropagation nous n'entendons pas seulement les efforts d'évangélisation d'une Église locale en vue de sa propre croissance, mais une contribution concrète à l'implantation d'églises nouvelles. C'est en ce sens que nous utilisons les termes « multiplication », « autoreproduction » et création « d'églises-filles ».
Quelques exemples suffiront : multiplication des croyants (Ac 2,47), des diacres (Ac 6,1-6), des anciens (Tt 1,5-9), des enseignants (2Tm 2,1-6) et de l'Église (Ac 9,31).
Le document Stratégie de France-Mission apporte une précision judicieuse, fruit d'une grande expérience : « La majorité de l'Église sera une réalité pour elle-même, lorsqu'elle aura donné, par multiplication, naissance à une autre Église... »
Par exemple Ac 20,4.